Symphonie et Renoir
Chroniques de la construction d'un paquebot sur les bords de la Meuse.

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19 mai 1998

La coque du Renoir
On assemble la coque du Renoir en deux parties


Patrick Waha,
né pour vivre entre ciel et terre.

Patrick dans sa cabine

Patrick Waha a 30 ans. Il est pratiquement né dans une grue. En effet, son père en possédait plusieurs dans la région de Mons et à l'âge de 6 ans, il le faisait déjà monter sur des engins de soixante mètres de haut. Au début, l'enfant avait peur et il fallait parfois le descendre avec des cordes. Maintenant, il passe la moitié de sa vie entre ciel et terre. Ses collègues, il ne les voit souvent qu'à la taille de gros insectes.

La grande GrueJe l'observe pendant qu'il manoeuvre son immense engin du bout des doigts, soulevant comme un rien un panneau de 10 tonnes. La chose principale, me dit-il, c'est la sécurité. Si tu ne fais pas attention tout le temps, c'est si vite arrivé de cogner quelqu'un avec une chaîne ou une charge.

Cela fait seulement un mois que Patrick travaille au chantier naval. Il y est arrivé avec la nouvelle grue. Avant, il faisait le même travail dans une entreprise de matériaux de construction.


Patrick WahaD'en haut, cela l'amuse de voir le bateau qui prend forme un peu plus chaque jour. Il a vu un reportage à la télévision sur le "Douce France" et il est curieux de voir le "Renoir" terminé. D'autant plus qu'il se dit que les 600 tonnes du futur navire vont transiter par sa grue.
Par contre, il refuse de monter sur un bateau. Cela lui fait trop peur, car il ne sait pas nager. Mais, il avoue avec un grand sourire :
- "Pourtant, je suis tout le temps en l'air et je ne sais pas voler! Mais ça, je suis habitué"

Jeudi 14 mai 1998 - 16h00

Lorsque j'arrive au chantier ce jeudi, c'est aux heures les plus chaudes de l'après-midi. Dans l'air épais flotte une odeur de goudron fondu. Chaque geste est un effort et on les compte. Jan m'attend avec un drôle de sourire aux lèvres :
-"Hugues, tu ne crois pas que ce serait une bonne idée de prendre des photos du haut de la grande grue. Et puis, tu pourrais interviewer le grutier, il est sympa. Mais, si tu as peur, tant pis!"

Le Renoir vu d'en haut
Allez refuser dans ces conditions! Même si vous crevez de trouille! Je vois devant moi la ridicule petite échelle jaune, haute comme un immeuble de huit étages accrochée le long du mât, pratiquement dans le vide. Je ne peux pas reculer. Je fixe mon sac à dos avec le matériel photo et l'enregistreur pour l'interview. A mi-hauteur, j'ose un regard furtif vers le sol. Seigneur! J'en suis pratiquement paralysé. Et dire qu'il reste une trentaine d'échelons jusqu'à cette petite cabine accrochée dans le ciel et qui parait si fragile!

Arrivé en haut, après quelques contorsions pour entrer dans la cabine de Patrick, le grutier, je peux enfin respirer. Et sentir vivre la grande carcasse de métal. Impressionant! Chaque mouvement est amplifié par la hauteur et l'amplitude de la structure. Losque l'on se déplace sur les grands rails, on a l'impression de planer au-dessus des bateaux et du fleuve.

La proue en construction
Tout en bas, les deux parties en construction du Renoir sont grandes comme deux coquilles de noix, avec des fourmis qui s'activent inlassablement malgré la chaleur écrasante de ce début mai.

Mais, il est temps de redescendre. Revenu sur terre, je m'arrête encore quelques minutes devant la proue du bateau, Une proue qui commence à avoir beaucoup d'allure!

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